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Extraits du n° 100 Les toponymes minierspar M. WIENIN Phénomène social majeur, la mine et l'industrie qui l'accompagne induisent toute une série de noms de lieux que nous désignerons sous le terme général de "toponymes miniers". Leur étude est un outil dans la connaissance de l'histoire des Cévennes. I) Les noms donnés par la mineUne exploitation isolée peut être nommée "La mine". On ajoute ensuite le nom du lieu ou celui de l'exploitant mais ces précisions deviennent insuffisantes dès que les travaux se développent. Sajoutent alors des adjectifs comme grande, neuve, supérieure..., des diminutifs (minette), des localisations caractéristiques : du rocher blanc, du fond du valat... Outre les orifices il faut nommer : 1) Les couches. Certaines ont des noms attestés de longue date, souvent ceux de leur principale "mine" : on y trouve des lieux dits, L'Airolle ou Le Pin (La GrandCombe), faisceau de Cendras, mais aussi des caractéristiques propres comme Terre grasse (Alès), Pierre brune (Trelys), Velours et Cantelade (arrêtée en angle) à La Grand'Combe, Tri de Chaux à Bessèges.2) Quand la mine devient complexe, le meilleur moyen de désigner les chantiers est de les numéroter, leur caractère temporaire nincite pas à l'imagination. Les voies de circulation permanentes : puits, galeries... nécessitent au contraire une appellation facile à mémoriser. 3) Les installations de surface sont variées : usines annexes, bureaux, logements... S'il peut y avoir d'ambiguïté, il faut préciser : les Bureaux de Ricard (La Grand'Combe) s'opposent aux Bureaux Centraux. Structures, quartiers, niveaux ou couches ont donné lieu à 6 types de désignations :
II) Les noms laissés par la mineSur la carte I.G.N. quelques mentions qui se raréfient dune édition à la suivante indiquent "anc. mine" ou "anc."Houillère", plus rarement "Anc. Pts de Brissac" (Rochesadoule). Les noms de lieux sont en général moins volatils mais il faut un peu de bonne volonté pour y retrouver notre passé minier ! 1) Les noms antérieurs à la révolution industrielle :Ils figurent en général sur le cadastre napoléonien ou la carte de France de Cassini. Trop lié au charbon de bois, "c(h)arbonièra"/c(h)arbonnière est rare : Les Charbonnières à Lanuéjols (Causse Noir),Les Carbounièressous le village de Célas (Mons), où affleurent des couches de lignite. L'ancien français "mine" et l'oc. "mèna" désignent le filon, l'amas de minerai, la couche plutôt que l'exploitation elle-même dite "minière" (oc. "menièra","menariá). Selon les cas, ces noms ont été adaptés au français ou traduits : "las Mènas" (Portes) est devenu tantôt "Les Mènes", tantôt "Les Mines". A Bordezac, le Mas de la Minière était "Ménière" il y a quelques décennies et "menariá" en 1345. Le cadastre les a souvent déformés : La Meynière à Bordezac. On ne découvre ainsi qu'une douzaine d'anciennes exploitations métalliques comme St-Laurent-le-Minier,Le Ménier> (cadastre) ou Le Minier (I.G.N.) à Valleraugue (plomb), le Vallat des Mènesdevenu Vallat Pellet (nom d'ingénieur) à Cendras (Fer). Il s'agit souvent d'une exploitation d'origine médiévale. Des confusions sont possibles avec la famille du verbe mener (oc.: "menar") et les divers Meynier (ancien oc. meinier = huissier, sergent...) fréquent comme nom de famille. Le terme français Mine est général dès le 18° s. Les exploitations de cette époque ont donné La/Les Mine(s) et souvent La Minetteà St Jean du Pin, Alès, St Julien les Rosiers... L'élément retenu peut être le contenu : Largentière (Ardèche), La Ferrière (Meyrannes), plusieurs Gypières ou Gipières (oc. Gip = plâtre) à Monoblet, Générargues, des Peirières (carrières de pierre), Solpérière (= soufrière), près du col de Jalcreste, à cause des efflorescences dun filon sulfuré, Coiric (N.D. de la Rouvière) qui signifie "cuivreux" ou son usage : les Caussiers (oc. caucier : lieu de production de chaux) près de Branoux, La Grande Vernissière(Durfort) pour des mines d'"alquifoux" (galène) utilisé pour les vernis céramiques. Parfois une simple indication de couleur est un indice : Terre Rougeà Alès (fer), Les Tarragnères (oc.: "terras nièras"), devenu Les Terres Noires à La Vernarède (houille). En cévenol, galerie est rendu par "bauma"(= grotte, tanière). Devant Baume une visite sur place ou l'avis d'un géologue aide à choisir entre cavité naturelle et galerie de mine. Cette origine est probable à Malbosc (Ard.) et Laval-Pradel, certaine pour GrandBaume (La GrandCombe), Les Baumes (Bessèges), le Mas des Baumes (St Julien les Rosiers) ou Baume belle(Tornac, pour le plomb). "Cròs", équivalent du français creux (= fosse) signifie puits de mine dans les textes médiévaux : le Cros (Banne, Valleraugue...), Crouzoul(= souterrain, tunnel) au Martinet, Crouzas (= grand trou), Crouzetà St Bresson ou à Pommiers (plomb argentifère). L'oc. "Cònca" (coquille) s'applique souvent à une carrière : Les Conques à St-Paul-la-Coste, Brouzet-lès-Alès ; Le Conquet (Gagnières), qui, en occitan moderne, désigne une trémie. Ajoutons y quelques Fosse(s)comme à Colognac et St-André-de-Majencoules où des filons de cuivre sont connus, Durfort (plomb),Fo(u)ssat = "endroit creusé" plutôt que fossé à Chamborigaud (or ?), Concoules (argile ?), Cendras (houille). Par contre, "Gourg" a, même qualifié de noir ("Gourg nègre" au Martinet, à Robiac), le sens de trou d'eau. Aucun dérivé de "trauc" = trou ne semble correspondre, les diversRonc traucat = roc troué ne l'ont pas été par des mineurs.
Après l'extraction, il faut broyer le minerai à la Mouline (oc. molina qui désigne un moulin hydraulique assez important) comme à Génolhac, Ispagnac, Lanuéjols (près des mines de Villemagne) ou à la Molinasse citée en 1541 à St Paul-la-Coste. Leur grande roue (oc. ròda) à eau caractéristique a donné la Rode (St-Jean-du-Gard, Générargues, St-Félix-de-Paillères, Ispagnac...) au pied de sites métallifères, et parfois travestie en "Rhode" ! La réduction du minerai se fait à la "Fargue" (oc. farga = forge) de St-Sauveur-Camprieu ou Farge (St Michel de Dèze), La Fargasse (Chamborigaud), puis la transformation dans une "Fabrègue" (oc. fabrèga = fabrique) ou une "<Fabréguette". Vers 1500, Farga et Molina cèdent dans les textes la place au très fréquent "Martinet" (gros marteau hydraulique). Des bas-fourneaux ont existé (17° s.) au Valat des Fourgeassesprès du Pradel (Laval-P.) et à Trescol (L.G.C.). On trouve des Bois, Valat, Plaine du Four (métallique : plomb, argent, fer) à St Félix de Pallières, St Laurent le Minier, Gagnières, des Fournier(s) (mais le sens usuel est boulanger !) à Cros et Saint-Martin-de-Valgalgues, La Fournerie (Fournariá = ensemble de fours) à Saint-Hippolyte-du-Fort, des Fourn(i)el(s) (fourneaux) à Malbosc (07), Aujac, St-Jean-du-Gard, Revens, Trèves, il y a même une ferme des Fournettes à Durfort ! Les plus abondants sont les fours à chaux à lorigine de Four Caussier à Sumène ou du Fournas (grand four) à La Calmette, tandis que Fournès, près de Rémoulins, provient dune ancienne activité céramique. Sous-produit des précédents, Caguefer est le mâchefer (oc. "caga-fèrre"), ou des minerais scoriacés qui lui ressemblent. On le retrouve à Gagnières, Branoux-les-Taillades, Collet-de-Dèze... Caral peut rendre loc. caralh = scorie ou son quasi- homonyme caral/carau= ornière, charroi ; le premier sens est possible à Gagnières par exemple. Le Truca(i)l (oc. trucalh = butte, tas) peut être un ancien crassier (Trescol près de La GrandCombe, Laval-Pradel, Gagnières...). Les dérivés de "Malh" (ancien français mail) = gros marteau (à broyer le minerai) sont moins connus. On trouve des Malines à St-Laurent-le-Minier, Montdardier, Thoiras (Plomb argentifère), St-Jean-du-Gard près du château de Maylet (cuivre et argent), La Malière (Durfort), une ancienne ferme des "Males Hyères" (Génolhac, 1515) proches de gisements métalliques, sans oublier Les Mages (Les Malhs en 1387), avec le quartier de Mélhien (= Malhien ?), au bord de lAuzonnet, au droit de celui des Miniers. Des confusions sont possibles avec des dérivés du latin malus = pommier, en particulier maletum = pommeraie qui donne "Malet" ou Mialet. Jai noté une certaine corrélation entre les lieux-dits Le Mazel (en oc. : boucherie, abattoir) et les sites miniers : au Mas dOrcière (Lozère), à Banne (Ardèche), Laval-Pradel... Il en est de même pour Malbosc (oc. mauvais bois), ces noms cacheraient-ils parfois un dérivé de malh ? Même sil est impossible de donner un pourcentage de sites survivant dans un nom de lieu, leur abondance est un bon indice de lexistence détablissements anciens. En Cévennes, la densité maximale se situe autour de St Laurent le Minier. On y trouve, outre le nom de la commune (de Menerio en 1320), et souvent plusieurs fois Baume, Crouzet, Fabrègue, Ferrière, Malines, Martinet, Peyraube, Rode. En deuxième lieu le bassin d'Ispagnac avec Bédouès et St_Etienne-de-Valdonnez, puis plus diffus le haut bassin de la Cèze et les alentours de Meyrueis - St Sauveur ;. pour la houille, les alentours de Portes.
2) Les noms des 19e et 20e s.
Là où elle simplante, la mine bouleverse le paysage mais mas ou ruisseaux ont un nom "officiel" et bien peu vont en changer. Rares sont les vocables nouveaux qui survivent plus dune génération à linstallation qui leur a donné naissance. "Les Mines" désigne un quartier cadastral quand elles existent lors de létablissement du cadastre vers 1820) ou de sa rénovation comme à Molières-sur-Cèze ou à St-Jean-de-Valériscle. Les noms propres se perdent assez vite, sauf le "Vallat Pellet" à Cendras, ou Ricard à La Grand Combe. Les bâtiments réutilisés résistent mieux : La Lampisterie et Les Anciens Bureaux (Gagnières), La Cantine (Portes)... Nous retrouvons les implantations industrielles dérivées, même détruites :Les Hauts Fourneaux (Gagnières), le Valat de la Forge (Bessèges), le Bocard (pilons à minerai) à Vialas, la Fonderie (Villefort, St Sauveur Camprieu : Valat de), Cités de la Verrerie (Bessèges). Plus rares, la Place de Portes (Ste Cécile dAndorge) qui est lancien embarquement ferroviaire du charbon de cette concession ou leQuai des phosphates de St Victor-la-Coste. Riche en créations, la voirie offre un bon témoignage de lépopée minière : Rue de la Mine, de lAncienne Administration ou de la Fabrique, chemin du Puits X, avenue des Mineurs (parfois baptisée lors de la fermeture), artères dédiées aux pionniers du sous-sol, aux ingénieurs du siècle dernier ou aux directeurs de la compagnie : Silhol, Talabot ou Tubeuf>... ou aux champions du combat ouvrier : Jaurès, Ferry ou Zola. Des logements ouvriers ont conservé leur nom : les "casernes" se retrouvent à Gagnières (Grandes et Petites) ou à La GrandCombe surtout marquée par ses "camps" : Camp Fougères, Camp Planette, Camp des Nonnes, Camp Ravin... Certaines cités font référence à la mine ou à lusine proche : Cités Ste Marie à Alès ou Ste Barbe à La Grand Combe, de la Verrerie à Bessèges... III - Déplacements de noms et de lieuxLa mine a créé des toponymes mais en a effacé d'autres. Elle a assuré la gloire de certains, promus siège d'exploitation puis commune et même ville. Il y a deux siècles, Bessèges, Molières, La Vernarède ou La Grand'Combe ne sont que des hameaux ou des lieux dits. Gloire parfois éphémère : qui connaît encore Salle-Fermouse, Trélys, Broussous, ou le Pétassas (1) ? A St-Martin-de-Valgalgues, la mine de pyrite du Soulier a développé son exploitation près du mas de Fontanesqui a donné son nom à un puits de charbon. La colline des Broussous domine La Vernarède et a donné son nom au ruisseau près duquel la mine et le village se sont installés, près de son confluent avec lOguègne. Sur les cartes davant 1960, il est devenu celui de La Vernarède, mais Broussous se retrouve en aval du confluent ; sur les éditions actuelles, lOguègne tout entier est rebaptisé Broussous, avec le Ruisseau de La Vernarède comme affluent.
Le cas de La Grand'Combe
C'est autour de cette ville que la mine a le plus modifié la toponymie. Danciens mas ont laissé leur nom à des rues ou des quartiers (Mas Paillassier, Chapon, Lafont...) et 3 noms de villages se sont déplacés :
La mine des Luminières, entre La Levade et Champclauson, porte le nom d'un mas de Ste-Cécile-d'Andorge, à 3 kilomètres de là, par l'intermédiaire d'une couche qui affleure de l'autre côté de la montagne ! Mais l'histoire du nom de la deuxième ville du bassin mérite d'être expliquée tant il est difficile de se retrouver dans un dédale de noms qui se déplacent dune carte à la suivante ! Il apparaît pour la première fois dans l'ouvrage de de Gensane : Histoire Naturelle de la Province du Languedoc (1776) : "A un quart d'heure de chemin au dessus des mines de la Forest, au lieu appelé la Grand'Combe, le Sieur Faure, d'Alès, d'après mes indications, a fait ouvrir une mine de charbon considérable". Nous le retrouvons dans la déclaration du Maréchal de Castries (1783) : "Je fais valoir deux mines dans le baillage du Mas-Dieu : l'une appelée La Forêt (paroisse de N.D. de Laval),... la deuxième, dite La Grand-Combe ou Trouilhas est à un quart de lieue... A cette époque, "la Forêt", sous-entendu d'Abilhon, désigne le versant Sud-Est de la montagne de Champclauson, de la Planette au col Malpertus. Le nom sétend au ruisseau (dit aussi de Malpertus) qui en descend et déborde sur sa rive gauche. Les mines du Duc de Castries sont de ce côté puisque sur N.D. de Laval dont il constitue la limite, il s'agit du bas de la Montagne Ste Barbe. Le ruisseau de la Grand'Combe est celui qui vient du Pradel et passe au pied du château de Trouillas sous lequel des affleurements importants sont exploités. Vers 1820, le secteur du confluent affirme sa prépondérance : Montagne Sainte Barbe (le nom apparaît après 1830) et Grand'Combe au sens ancien (entre Ricard et Trouillas). La compagnie créée en 1826 prend le nom de "Houillères de La Grand'Combe, Pluzor et autres concessions réunies", plaçant en tête le nom du principal centre de production. Quand, en 1836, elle devient "Société des Mines de la Grand Combe et des Chemins de Fer du Gard", le nom est seul alors que ni la ville ni la commune nexistent encore. En 1840 la première voie ferrée est créée, avec un embranchement au niveau de La Pise en direction de La Grand'Combe. Dès lors, l'étiquette "La Grand' Combe" est connue par son charbon qui alimente les chemins de fer de la vallée du Rhône et les bateaux du port de Marseille. Quand la commune est créée (1846), elle prend le nom de la mine qui l'a fait naître. La petite ville est centrée sur le quartier qui redeviendra "La Forêt", avec la direction de la Compagnie et les services municipaux ("Ancienne Administration" des cartes actuelles). Divers groupes de "casernes" sont situés au dessous et le bas des versants est criblé d'entrées de mines (Luce, Fournier, Ricard, Rotschild, Roux, Mas Blanc...). Le charbon converge vers les usines de La Pise. Un premier plan d'urbanisme est homologué en 1853, complété plusieurs fois, il prévoit la création d'un vrai centre qui sera le nouveau village de Bouzac. La vie urbaine va s'y concentrer : Eglise, hôpital, écoles, bureaux centraux de la compagnie et enfin mairie (1922) : La Grand' Combe désigne maintenant la ville nouvelle. Le nom de la mine, de la gare et de la commune est passé à la cité, supplantant celui donné à l'origine. Conséquence curieuse : alors que toutes les mines des alentours ont un nom, la belle couche exploitée 2 Km en amont reste "La Grand' Combe", donc "sans nom" et cette désignation paradoxale s'est étendue à la vallée de Ricard au Pradel, punie, en quelque sorte, pour avoir offert le sien à la commune ! Notes
Le Pétassas : Au fond de la vallée, sous la montée de Portes, 1 Km au sud du château. |
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